1918-1929: Les Années folles aux États-Unis

Entre-deux-guerres : portrait d’une Amérique encore jeune

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Lendemain de la guerre : instant de déséquilibre

 

Au lendemain de la guerre de 1914 à 1918, les États-Unis prennent un nouveau départ. Ils sont riches d’un commerce d’armes fructifiant avec les Alliés.

Attirés par la prospérité de ce monde en pleine croissance, les immigrants débarquent en grand nombre, provenant de la Russie, de l’Italie et de la Pologne. C’est plus de 14 millions d’immigrants qui arrivent de 1900 à 1920. Pourtant, l’euphorie de la victoire sera de courte durée. Ceux qui ont combattu se voient devenir chômeurs; les usines qui pourvoyaient les Alliés en équipements militaires ferment leurs portes; les immigrants sont le plus souvent non qualifiés. Le coût de la vie a augmenté et la pauvreté prend de l’ampleur. Des dizaines de milliers de noirs en quête de travail affluent vers les grandes villes au nord.

Avec la fin de la guerre, la politique n’est plus la même : ce n’est plus à l’état de diriger l’économie vu les circonstances. L’inflation est présente et de plus en plus le peuple revendique ses droits. Les syndicats s’organisent, les grèves se multiplient, des attentats ont lieu… Il règne une ambiance où les idées de gauche socialistes ou communistes sont populaires auprès de la population pauvre qui s’échine dans le travail. Les gens revendiquent des semaines de travail comportant moins d’heures et des salaires plus élevés.

L’état a peur de ces changements et c’est dans cette attitude qu’elle décide d’instaurer des quotas migratoires, associant ainsi les nouveaux problèmes aux nouveaux venus.

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La tension s’installe au pays : le Ku Klux Klan (mouvement extrémiste d'extrême droite) fait de nombreux adeptes (50 000 à Chicago en 1920), persécutant tantôt les noirs, tantôt les juifs récemment immigrés qui deviennent une cible nouvelle.

 

Puritains et bandits

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Le banditisme se développe en même temps que le puritanisme et c’est en votant une loi censée protéger les bonnes mœurs que la prohibition est votée en 1919, interdisant ainsi la vente d’alcool. Cette mesure aura un effet extraordinaire sur le développement de la pègre américaine. L’alcool doit alors venir d’ailleurs et ce sont les groupes du crime organisé qui se chargent de la contrebande venant du Canada, des Antilles et du Mexique. Les bars clandestins prolifèrent et bon nombre d’immigrants prennent le titre presque honorable de gangster, tant leur popularité est croissante.

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Dans des villes comme Chicago, les règlements de comptes sont courants afin de conserver un monopole. C’est l’époque des tueurs à gages et de la corruption. Les politiciens eux-mêmes sont plongés dans la corruption, n’osant pas faire face aux bandes de Al Capone ou Dillinger ou Dion ‘O Banion. Ce système basé sur l’argent facile passe pratiquement pour un « business » comme un autre. La prohibition confrontée à son échec sera invalidée en 1933 sans avoir eu d’impact sur la consommation de l’alcool.

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La roue tourne

Conséquences? La roue continuera de tourner, car le mouvement y est. Les grandes entreprises bénéficient du support du gouvernement républicain en place, au sens où celui-ci adopte par instinct une politique du laisser-aller économique. Cette majorité républicaine et son président étant très proches des grands brasseurs d’affaires de l’époque, le climat sera à la politique du capitalisme libre où l’état est non-interventionniste.

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Beaucoup d’immigrants sans métier et provenant de pays pauvres alimenteront les industries en main-d’œuvre bon marché. Ce sera rapidement le tour des noirs de prendre leur place lorsque le ralentissement des nouveaux arrivants se fera sentir dans le besoin de main-d’œuvre bon marché des villes industrielles. C’est ainsi que Harlem à New York et Watts à Los Angeles se développeront, entrainant des conditions de vie malheureuses, de pauvreté et de mortalité élevée.

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Ainsi, la main-d’œuvre ne coûte pas cher et c’est bien ce sur quoi les industriels compteront pendant longtemps. Ils tireront ainsi profit d’un développement sans précédent des activités industrielles en lien avec l’avancement de la technologie et de ses débouchés.

L’électricité se développe et s’offre aux consommateurs maintenant désireux de s’approprier une gamme nouvelle d’appareils électriques : grille-pain, ventilateur, lave-linge, aspirateur, etc. L’alimentation se modernise avec la conservation des aliments à l’aide des réfrigérateurs. C’est ainsi que les États-Unis seront tout occupés à consommer des produits pour lesquels la nouvelle demande fait tourner la roue de l’économie. L’automobile est en demande et la production à la chaine devient inspirante; il se crée une passion capitaliste pour l’efficience industrielle et les grands entrepreneurs tentent d’améliorer leurs coûts de production. Henry Ford devient un modèle d’entrepreneur inspirant : il est le modèle de héros qui doit sa fortune à l’augmentation de la consommation et qui par le fait même augmente le niveau de vie d’une grande partie de la population.

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Les villes développent leurs grattes-ciel dans une concentration de bureaux et de commerces; l’Américain aisé peut maintenant prendre sa voiture pour rejoindre sa banlieue verdoyante. L’invention de l’ascenseur et le déploiement de la sidérurgie permettront aux architectes de donner l’aspect qui est maintenant celui des grandes villes.

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Sous la gouverne non interventionniste des républicains, c’est l’heure à la constitution des grands monopoles et à la consolidation des empires. Le secteur automobile sera contrôlé par Ford, Chrysler et General Motors; le secteur hygiène et cosmétique est la possession de Colgate-Palmolive. Les grandes chaînes de magasins complètent le reste en faisant la propagande des « bons » produits. Au début du siècle, seulement, les géants Rockefeller et Morgan, soutenus par des banques avançant les fonds nécessaires, prirent la liberté de s’approprier près d’un millier de compagnies ferroviaires pour les regrouper en six grands réseaux. Ces géants ayant formé d’immenses trusts s’approprièrent pétrole et technologies et demeurèrent toutefois maîtres d’immenses fortunes après l’imposition de lois antitrust.

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Les villes se développent : la majorité des Américains vit en ville et c’est souvent cette plus grande moitié de la population qui fera l’histoire. Les noirs, les immigrants et tous les autres chômeurs s’entassent dans le cœur des villes laissé aux pauvres et le monde rural ne vit que pour rembourser ses nouvelles machines agricoles.

 

Les noirs vivent la ségrégation dans les grandes villes, notamment à Chicago où des émeutes raciales explosent. Ils doivent y vivre dans un mode de vie sans scolarisation qui les exclut du monde des blancs à tous les niveaux.

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Malgré cela, le peuple américain veut croire au progrès et la société évolue vers un changement dans les mœurs. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1920 et certaines d’entre elles feront des percées dans des domaines traditionnellement réservés aux hommes. La mode prend son essor et la femme aisée de la classe moyenne découvre le rouge à lèvres, les escarpins, les bas de soie, les cheveux courts… On commence à découvrir une nouvelle vie enrichie d’une culture liée à l’explosion du jazz, du blues et du charleston une danse provenant de la chanson du même nom et popularisée notamment par la célèbre Joséphine Baker. On est à l’époque du swing, des Big Bands et des soirées enfiévrées.

Les voies de la communication

 

Avec cette nouvelle ère se développent les moyens de communication au grand public. La presse moderne prend forme : Joseph Pulitzer lance le New York World, premier journal avec grands titres et rubriques diverses. Les «comics» ont droit à leur page et c’est ainsi qu’ils feront leur entrée dans le monde américain. Le Washington Post et le New York Times suivront dans une forme plus élaborée où l’information prend plus la forme de l’enquête journalistique. Le magazine Times et le Readers Digest font leur apparition.

 

La T.S.F. ou transmission sans fil est le précurseur de la radiodiffusion de l’époque. Celle-ci entre en scène en 1920. Toutefois à cette époque, seulement 50 000 Américains possèdent un poste de radio. La musique s’y diffuse, puis le sport devient nettement populaire.

 

Cinéma

 

Paramount en 1914, Metro-Goldwin-Mayer en 1924, Universal et Warner Bros, Fox, toutes apparaissent à cette époque où le cinéma américain jouit d’une faible concurrence internationale étant donné que l’Europe se relève tranquillement de la Première Guerre mondiale. Les films westerns, les reconstitutions historiques, les drames sociaux et les comédies burlesques dressent le portrait de ce que Hollywood offrira. Jusqu’en 1927, le cinéma sera muet et ce sera également l’année de l’apparition de la censure. Charlie Chaplin, Buster Keaton et Laurel et Hardy seront immortalisés durant cette période.

Les années folles

Le début des années 1920 concerne la période que les historiens ont communément appelée «Roaring Twenties» qui se définit comme étant les années folles. Aux États-Unis, cette période se caractérise principalement par une ère de prospérité. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le pays roule sur l’or et connait une économie ahurissante. La croissance des échanges est considérable, et ce, malgré la concurrence. La cause étant que le progrès des moyens de communication et des transports facilite les échanges commerciaux et permet aux États-Unis d’accroître l’économie intérieure du pays. L’unification du territoire par voie ferrée a également contribué au développement des grandes cités. D’autant plus que l’immensité du territoire et l’abondance des ressources minières (charbon, pétrole, gaz naturel, or, cuivre) leur procurent de grands bénéfices en ce qui a trait au marché commercial. Par ailleurs, étant donné que les deux plus grands océans de la planète bordent les limites du continent américain, cela favorise le libre-échange par les voies maritimes. Les États-Unis sont un territoire de puissance en matière politique et économique. Ils ont un apport international marqué à travers la grande majorité des pays du monde.

 

La présidence

 

Aux États-Unis, la vie politique est dominée par deux grands partis, le parti républicain et le parti démocrate.

 

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      Warren G. Harding (1921-1923)

 Warren G. Harding est un démocrate qui a un fort penchant pour le golf, le poker, l’alcool et les nombreux excès conjugaux,.Bien qu’à première vue l’impression qu’on a de cet homme soit celle d’un président, Harding semble bien plus préoccupé par son apparence et ses nombreuses sorties dans les casinos que par la relance de l’avenir économique du pays. Sa position politique et économique est celle du laisser-faire. Par contre, il tient compte de la principale valeur prônée par les résidents de l’état américain en optant pour le « big businness ». Pour tenter de faire rouler l’économie du pays, le président s’allie avec des hommes d’affaires peu recommandables et il crée le Bureau du Budget. Le principal but de cette nouvelle institution est d’augmenter  les pouvoirs du président en lui donnant un regard global sur le budget fédéral au lieu de consulter les ministres désignés pour y parvenir. Bien qu’il  soit démocrate, le président n’avait pas les mêmes ambitions politiques et économiques que ses prédécesseurs. Vaincu par la maladie en 1923, Harding a, finalement, plus souvent été impliqué dans des scandales mettant en scène ses aventures extraconjugales, qu’il n’a pris de décisions favorables pour le pays lors de sa présidence. Harding décède au cours de l’année précédant la fin de son mandat.


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      Calvin Coolidge (1923-1929)

 

Alors qu’il occupait le poste à la vice-présidence du cabinet de Warren G. Harging, Calvin Coolidge devient président des États-Unis à la suite de la mort de l’ancien président. Contrairement à son prédécesseur, Coolidge optait pour la délégation du budget fédéral et il laissait entre les mains de Hébert C. Hoover, qui à l’époque occupait le poste de Secrétaire d’État au commerce, le soin d’administrer le budget de l’état quelques années avant qu’il puisse accéder à la présidence. Tout comme Harding, Coolidge se positionnait du côté des républicains. Coolidge apparaîtra plus tard comme étant précurseur de ladite période «Roaring Twenties» qui marque le début des années folles aux États-Unis et le «boom» industriel à cette époque. On dira que ses «considérations économiques l’emportent sur les occupations politiques.» La prospérité règne à cette époque et le pays connait une énorme remontée industrielle, notamment dans le domaine du transport aérien et des techniques de la radio. Pendant les années 20, il se crée plusieurs modèles d’avions dans les industries et les commerces ont recours à la radio pour diffuser toutes sortes de publicités à travers tout le territoire américain. Par ailleurs, 35% des émissions radio développées à l’époque sont là pour favoriser la hausse du marché boursier.

 

Également, au cours de son mandat, le président décide de reprendre la politique économique de l’Empire de Guillaume II en faisant vérifier le taux de versement annuel des entreprises. À mesure que l’économie du pays s’accroit, les États-Unis deviennent les plus grands créanciers de l’Europe de même que dans le monde des affaires et ils deviennent la puissance internationale à l’échelle de la Terre.

 

Pour maintenir l’économie du pays, le président Coolidge en vient à diminuer le taux d’immigration aux États-Unis sous prétexte que les personnes immigrées constituent un vrai fardeau pour la population, puisqu’elles sont illettrées, donc moins qualifiées que les Américains pour occuper des postes dans les entreprises et donc, pour contribuer au développement économique de l’état.

 

L’économie américaine

 

Depuis l’ère de la révolution industrielle, les États-Unis vivent d’une économie prospère. Par contre, l’esprit de profit n’est nullement apparenté à la révolution industrielle, puisque la notion du capitalisme était déjà instaurée pendant le Moyen Âge. Soulignons tout de même que le capitalisme américain était dans une phase active et que cette force s’est accrue au lendemain de la Première Guerre mondiale, puisque l’effort de guerre a contribué à renforcer l’économie du pays, surtout en matière d’armement.

 

Étant donné que les années folles étaient une époque favorable au monde des affaires, beaucoup de petites entreprises ont vu le jour au cours de cette période. Vers la fin des années 20, le pays a connu un essor majeur dans le secteur industriel et les bénéfices d’affaires étaient tout aussi remarquables, notamment dans le domaine de l’automobile, où Henry Ford a grandement influencé le monde de l’économie par ses nombreuses innovations techniques. Également, dans l’industrie de l’aviation et de la radio, on connaissait un essor économique ahurissant. En septembre 1929, une annonce publiée dans le Times attirait l’attention de la population concernant l’arrivée éminente de la télévision. Déjà, on entrevoyait un marché financier qui sortait de l’ordinaire et l'on imaginait tous les avantages économiques que pouvait apporter cette nouvelle technologie de la communication dans le monde des affaires. Le rêve des Américains était de développer une grande part de profits et de s’enrichir considérablement en n'ayant pas ou à peu près pas d’effort à fournir pour y parvenir. Considérant cette idéologie, les riches devenaient plus riches et l'on décrétait les pauvres comme étant moins pauvres. Le capitalisme demeurait la doctrine prônée par la population et la reconnaissance individuelle devenait en l’occurrence une composante même du rêve américain.

 

Déjà, pendant la période des années folles, les États-Unis constituaient la puissance économique internationale par excellence. À la veille du «Krash boursier» survenu en 1929, le pays détenait 42% de la production mondiale et avait une forte dominance dans le secteur industriel. Dans le secteur primaire, on se concentrait davantage sur l’agriculture, la pêche et les ressources minières. Par ailleurs, les tenants du mercantilisme prétendaient que l’économie d’un pays était grandement influencée par la présence de métaux précieux ainsi que la quantité qu’on y retrouvait à l’intérieur d’un territoire. Le secteur secondaire était influencé par une forte croissance des industries. Les atouts territoriaux et la présence de cours d’eau favorisaient les échanges commerciaux à l’intérieur du pays. Finalement, le secteur tertiaire couvrait la majorité des politiques économiques et sociales élaborées par l’état. Le «boom» économique survenu pendant les années 20 a fait des Américains un peuple de consommateurs.  

 

Les États-Unis étaient grandement réputés dans le monde des affaires et ils avaient la capacité d’échanger beaucoup de leurs produits avec les pays concurrents. Principalement, ils effectuaient des transactions financières avec le Canada, le Mexique, l’Allemagne, le Japon et autres. Bien qu’ils fussent les plus grands créanciers de l’Europe de même que sur la scène internationale, les États-Unis sont tout de même le pays où la dette publique demeure la plus élevée à l’heure actuelle.

 

Dans un autre ordre d’idées, même si le pays connaissait une prospérité fleurissante, les agriculteurs de l’époque avaient beaucoup souffert de la dépression survenue au début de la deuxième décennie, puisque le prix des produits agricoles avait largement diminué et que le taux d’exploitation était tout autant élevé.

 

Le marché boursier était au cœur de l’économie du pays et la bourse est devenue le symbole du capitalisme américain. D’ailleurs, une grande partie de l’histoire des Amériques est attribuée au marché boursier. Nous verrons plus tard comment le marché boursier a contribué à alimenter la plus grande crise financière que l’histoire ait connue.

 

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Date de dernière mise à jour : 2012-03-22

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